Fiches de grammaire


DNB 2018 : proposition de corrigé

Questions

 

1° La scène se déroule dans la ville de Blémont, plus précisément dans un café ("zinc" ; "comptoir") tenu par Léopold et sa femme. Etrangement, nous avons affaire à une scène d'école : le professeur Didier donne un cours de récitation et la lecture d'un texte tragique à douze élèves de troisième. Cela s'explique par la récente destruction du collège, à la fin de la seconde guerre mondiale.

 

 

 

2° Léopold est intéressé par ce cours : tout d'abord, après s'être assuré des conditions favorables à l'exercice pédagogique (lignes 1 à 4 : "la troisième était au complet" ; "retirer le bec de cane"), il s'assoit à "sa" place habituelle, un tabouret, pour profiter de la séance (l. 5), avant d'observer attentivement la prestation de l'élève Hautemain ("se pencha sur son siège pour voir"). Enfin, Léopold manifeste son intérêt par sa participation discrète à la récitation ("en remuant les lèvres") et va même jusqu'à s'identifier aux élèves interrogés ("et ravalait anxieusement sa salive [...] la mémoire du récitant").

 

 

 

3° Léopold se sent proche du personnage d'Andromaque, dans la mesure où lui aussi éprouve une certaine "mélancolie" (qu'explique la fin de l'extrait), un état d'esprit d'homme captif à la fois sombre et désireux d'exprimer sa sensibilité. Malgré la différence entre la situation d'Andromaque et la sienne -si l'on excepte le contexte de la guerre et la nécessité de devoir composer avec l'ennemi-, Léopold se sent la capacité d'incarner la veuve d'Hector et ainsi rejeter les avances du grec Pyrrhus.

 

 

 

4° Le champ lexical de l’innocence apparaît à travers les adjectifs qualificatifs « claire » et « enfantine » (l. 32) qui précise la voix et à travers la métaphore « où tremblaient des perles d’eau fraîche » qui associe les inflexions de la voix d’Odette à des gouttes d’eau rafraîchissantes. Léopold ressent toute la douleur d'Andromaque, pendant la lecture d'Odette : l'image qui rapproche l'expression des sentiments et l'élément liquide ("où tremblaient des perles d'eau" ; "les larmes ruisseler sur ses joues cramoisies") unit Léopold à Andromaque, par l'entremise des mots lus par la jeune Odette. À cette image liquide s'oppose bien sûr la sécheresse d'âme de la cafetière. 

 

 

 

 

a) On peut apprécier dans ce photogramme d'Uranus l'opposition entre un cadre trivial (préparation d'un repas par l'épouse, qui épluche des pommes de terre ; le comptoir, mis en valeur par le cadrage) et la gestuelle, expressive, solennelle, de l'apprenti tragédien Léopold. On imagine sans peine qu'une pareille posture accompagne un langage soutenu qui convient aux discours soignés des scènes tragiques. De plus, les deux personnages s'opposent quant à l'expression de leur visage : la femme a une mine pour le moins renfrognée et affiche une vague lassitude et une certaine indifférence aux répliques du cafetier, qui a l'air inspiré par la grandeur de la situation.

 

 

 

b) De la même manière, le comique de situation repose sur le contraste entre la sensibilité esthétique de Léopold, qui ne s'était pas manifestée depuis "trente ans de vie commune" (l. 46) et la familiarité de son expression quand il répond à sa femme, dont les propos sont tout aussi triviaux ("Qu'est-ce que t'as ? " ; "Tu peux pas comprendre"). Aussi, la réaction de la femme de Léopold peut sembler comique : le texte insiste sur « la stupéfaction » (l. 38), « l’étonnement » (l. 47) qu’elle éprouve à voir son mari réagir de la sorte. 

 

 

 

 

a) La seconde phrase contient la relative : Léopold se pencha sur son siège pour voir l'élève Hautemain que lui dissimulait la poutre étayant le plafond.

 

b) La première contient la complétive : Léopold s'assura que la troisième était au complet.

 

c) Le pronom relatif, contrairement à la conjonction de subordination, qui introduit un complément de verbe, prend appui sur un nom ("Hautemain") ou pronom.

 

 

 

 

Andromaque demanda à Pyrrhus ce qu'il faisait et ce que dirait la Grèce.

 

Andromaque déclara à Hermione qu'elle avait vu percer le seul où ses regards prétendaient / avaient prétendu s'adresser.

 

 

 

 

a) "Mystérieux", "fantasque", "bizarre" ou "étonnant" entreraient volontiers dans une relation synonymique avec "étrange".

 

b) L'adjectif "étrange", associé au démonstratif soulignant l'éloignement "cet" et le groupe nominal apposé "son mari", prend ici, si l'on considère le sens premier d'extraneus ("étranger"), un sens plus fort que "mystérieux". En effet, le narrateur met en valeur dans ce passage le fait que Léopold apparaît comme un inconnu à sa femme, comme quelqu'un dont la personnalité lui échappe, puisqu'il est davantage ému par la situation d'un être fictif que par les paroles de son épouse.

 

Dictée

Le collège de Blémont étant détruit, la municipalité avait réquisitionné certains cafés pour les mettre à la disposition des élèves, le matin de huit à onze heures et l’après-midi de deux à quatre. Pour les cafetiers, ce n’étaient que des heures creuses et leurs affaires ne pâtissaient pas. Néanmoins, Léopold avait vu d’un très mauvais œil qu’on disposât ainsi de son établissement et la place Saint-Euloge avait alors retenti du tonnerre de ses imprécations. Le jour où pour la première fois les élèves étaient venus s’asseoir au café du Progrès, il n’avait pas bougé de son zinc, le regard soupçonneux, et affectant de croire qu’on en voulait à ses bouteilles. Mais sa curiosité, trompant sa rancune, s’était rapidement éveillée et Léopold était devenu le plus attentif des élèves.

Rédaction (sujet A)

   Le cours était terminé. Tandis que le professeur distribuait aux élèves nécessiteux ses propres exemplaires d'Athalie, la prochaine oeuvre que les troisièmes auraient l'opportunité de découvrir dans cette singulière salle de classe, le cafetier s'approcha timidement de la réclame d'apéritif. S'encourageant, il attendit que le dernier "condisciple" fût servi pour approcher l'homme de lettres. Il cachait ses mains chaudes et moites dans les poches de son tablier, regardait une dernière fois ses chaussures... Il revivait ses frustrations d'écolier.

 

   -Quels caractères, quelle beauté, quelle grandeur de sentiments ! Merci, monsieur le professeur. Si seulement j'avais eu leur chance !

 

   -Chance ? s'étonna M. Didier. Si seulement tous ces jeunes gens en avaient conscience. Remarquez que dans l'ensemble, je ne les sens pas si indifférents à cet effroyable deuil... Certains m'émeuvent, tant leurs efforts me paraissent étrangers à ces oripeaux dont le poids de l'hérédité, la coutume locale ou l'éducation les a affublés. Mais, que voulez-vous dire ? N'êtes-vous pas allé à l'école communale ?

 

   -Oui, reconnut le cafetier, mais une méningite m'a empêché de passer le certif. Et puis, dans la famille, "racine" avait une signification bien plus "terre-à-terre". Bref, à quatorze ans, j'ai dû aller aux champs, et me trouver un apprentissage. De quoi rapidement en perdre son latin, quoique je n'en eusse jamais appris le premier mot... Dix bouches à nourrir, pas le temps de traîner à profiter du spectacle de la passion, des splendeurs de la Grèce, du discours des Muses.

 

   -Certes, difficile de sortir de l'ornière...

 

   -Des contraintes matérielles, des vicissitudes, pour sûr. Mais aujourd'hui, je me demande si ce n'est pas ça, l'essentiel, le livre, l'émotion du mot juste. Je trouve même un ... comment dites-vous ? indubitable attrait à vos leçons de grammaire ! Moi qui peine tant à remplir mes bons de commande, j'ai en somme toujours rêvé de découvrir le monde par les lettres, cette vision si singulière de l'écrivain, cet oeil comme qui dirait neuf. Par les temps qui courent, qui plus est, de quelle plus belle échappée pourrions-nous rêver que celle qu'un livre d'Alexandre Dumas, de Victor Hugo, nous procure ?

 

   -Et le Paris de Balzac, la Provence de Zola et Cézanne. Doux asiles ! Refuges atemporels, loin de notre pauvre France de 1945, s'émut l'enseignant.

 

   L'échange eût pu s'éterniser, tant il se dégageait une atmosphère de connivence esthétique, voire existentielle entre les deux hommes, mais à bientôt seize heures, la réouverture de l'établissement était imminente. Léopold se fit plus exalté. L'émotion se lisait sur ses lèvres qui tremblaient.

 

   -Moi, j'en veux un peu à mes regrettés parents, qui auraient dû nous protéger, nous donner cet accès au sublime du monde. Sans doute, ils ne savaient pas qu'ils existent, cette porte qui nous fait entrer dans les cellules de Port-Royal, ce moulineur qui nous plonge dans les entrailles souterraines d'un Germinal, cette substance qui nous désoriente dans un spleen baudelairien.

 

   -Votre expérience, cher Léopold, essaya de le rassurer M. Didier, montre qu'au contraire, vos parents vous ont, dans leur malheureuse existence, procuré cette ressource rare : le pouvoir de découvrir par vous-même, de vous révéler en être amoureux de la beauté des choses, d'apprendre, après le métier, première nécessité des petites gens, à ne pas vous contenter du rapport utile au langage.

 

   -Je vous en sais gré ; je sais qu'un jour le collège sera rebâti, et que je n'aurai plus la chance d'assister à vos cours. Comment faire ? Je souhaiterais tellement maîtriser le langage des dramaturges classiques, et le latin, pour commencer !

 

   -Figurez-vous qu'une fois le collège, mais surtout le théâtre de Blémont reconstruits, j'ai l'intention de monter, en association avec un ancien collègue, une troupe de théâtre amateur, ainsi que des cours du soir. Je pense, je suis certain même, que vous y avez votre place. Mais il vous faudra fermer le café deux soirs par semaine. Qu'en pensez-vous ?

 


Sources : festival-latingrec.eu - blog-genev.mb-onlyone.over-blog.com - lefigaro.fr - education.goodmantheatre.org - elpajaroverde.cl - wikipedia.org - arretetonchar.fr


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