3- Des cannibales, une réflexion sur la barbarie

Période 3 – Une réflexion sur la barbarie : Des Cannibales (1580)

http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?montaigne-et-le-paradoxe-de-la.html


Séance 1 – L’avant-texte et les dates-clefs de la Renaissance (prise de notes, I.)

1453 : prise de Constantinople par les _________ → fin de l'empire d'Orient, de cette capitale de l'empire romain, au riche patrimoine culturel (bibliothèques). Les savants fuient en direction de l'Italie. Cet afflux complète l'essor du Quattrocento (XVe), économique (mécénat : Michel-Ange, Le Titien) et va permettre la redécouverte de Platon (MA : on étudiait surtout Aristote).
1458 : découverte de l’imprimerie : permet large diffusion en caractères romains ; les in-_________ et in-octavo, bcp plus maniables, remplacent les in-folio (très grand format). Rigueur dans l'établissement des textes, souci philologique des humanistes italiens : Pétrarque, Boccace. Index abondants, culture désormais commune entre les élites occidentales. L'imprimerie fait reculer, jusqu'au XVIIIe s., la censure.
Fin XVe : l'essentiel des textes antiques est disponible. Nbreux ouvrages théologiques en latin // hausse des ventes des ouvrages en langue vulgaire (public des doctes dépassé par la recherche du profit). Les libraires-éditeurs impriment les rares productions contemporaines, mais surtout de nombreux ouvrages médiévaux. Les métiers des lettres se sont diversifiés : éditeur, correcteurs, traducteurs, adaptateurs, imitateurs des succès récents → apparition d'une littérature alimentaire, sous la pression des éditeurs.
1483 : l'Italie intéresse les Valois (au pouvoir depuis 1328) : Charles VIII (époux d'Anne de Bretagne en 1491), parvient en Italie en 1494.
1492 : découverte de l'Amérique et des civilisations précolombiennes. Les Français échouent à se constituer des colonies en Am. du Sud. Richesses considérables. Prépondérance politique de l'Espagne ; essor de l'industrie et du commerce en Hollande. Conséquences culturelles : relativisme ; interrogations morales et politiques incessantes.
1494 : traité de ____________ : le pape partage le Nouveau Monde et assigne à la religion catholique une mission civilisatrice.
1498-1515 : Louis XII. Nbreuses expéditions en Italie entre 1494 et 1513. François Ier son héritier conservera le Milanais, Charles Quint le royaume de Naples.
1511 : Éloge de la folie imprimé à Paris (auteur : ____________, figure majeure du mouvement humaniste).
1514 : rédaction par l’Église du _______________, afin de justifier la colonisation de l’Amérique.
1515-1547 : règne de ____________________ (Renaissance Française, en raison des guerres) ; Marot poète officiel.
1517 : 95 thèses de ___________ (prône le retour aux Évangiles → excommunié). Déclenche la réforme protestante en Allemagne. Thèse 42 : contre les indulgences pratiquées par l'église catholique romaine :  permettent de financer la construction de la basilique Saint-Pierre.
1519 : Charles Quint, empereur. Rival de François Ier. Il possède l'héritage autrichien des Habsbourg + le Bourguignon, l'Aragonais, le Castillan, l'Empire Germanique. La France doit mener des guerres défensives.
1520 : Contre la doctrine de Luther, qui se répand, modération de François Ier (influence de sa soeur Marguerite de Navarre, autrice du recueil de nouvelles _____________).
1525 : défaite de Pavie. François Ier emprisonné.
1528 : Le livre du Courtisan. Écrit par Castiglione, traduit en français en 1537. Livre-discussion qui définit l'idéal de l'homme de cour (lettré, courtois, sachant défendre). Lefèvre d'______________ traduit en français le NT.
1530 : François Ier fonde le Collège ___________ .
1530-1554 : le père de __________, Pierre Eyquem, accède aux fonctions successives de jurat, prévôt, sous-maire, enfin maire.
1532 : Le Prince, Machiavel.
1533-1539 : naissance et nourrice à Papessus. Éducation de Montaigne (latin, principes d'Erasme), confié à un pédagogue allemand, qui lui parle en latin, ne connaissant pas le français.
1534 : affaire des "placards" (affiches hostiles à la messe) > 1ères persécutions. En Angleterre, Henri VIII rejette l'autorité papale et fonde l'anglicanisme. La Compagnie de Jésus fondée par Ignace de Loyola. Les membres prononcent des vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance au pape. La mission de cet ordre organisé militairement est de propager la foi (apostolat, prosélytisme) et de développer l'enseignement. Les Jésuites et l'Inquisition sont des institutions liées à la Contre-Réforme (ses meilleurs instruments), projet de réorganisation progressive de l'Église catholique du XVIe s., menacée par les idées de la _____________ protestante, qui souhaite revenir à l'esprit premier des Évangiles et lutter contre les abus de l'Église catholique. Ils rejettent l'idée catholique que l'homme est responsable de son salut et affirment que Dieu a choisi d'avance les hommes qui seraient sauvés et ceux qui seraient damnés. Les Jésuites développent des missions en pays protestant, en Extrême-Orient et en Amérique (Paraguay, Canada). Au Paraguay, l'installation des jésuites (1585) permit une certaine indépendance politique et économique à de petites républiques indiennes ; ce mode de colonisation paternaliste permit de préserver la culture et la langue des Guaranis, mais cet « État dans l'État » suscita l'opposition des colons espagnols, qui les chassèrent du pays en 1767.
1536 : Calvin, réfugié à Bâle, publie L'Institution de la religion chrétienne. Ses idées se développent partout en Europe, sauf en Angleterre (anglicanisme imposé par Elisabeth Ière). Puritains calvinistes luttent tout de même contre eux.
1539 : ordonnance de Villers-Cotterêts : la langue ___________ obligatoire dans l'administration du royaume. Montaigne envoyé au collège de Guyenne, où Montaigne s’habitue à l’usage du français.

NB : la plupart des réponses se trouvent aux pages 6-12 et 147-148 de l’édition Classiques et Cie.


Séances 2 et 3 – Lecture intégrale du chapitre Des Cannibales

Séance 4 – L’analyse de la phrase verbale

Séance 5 – La méthode du commentaire écrit du baccalauréat

Séance 6 – Correction de l’exercice 9 p. 41


Même quand tu auras fermé ta centaine de portes , même quand tu auras pleuré pour les enfants d'un autre, même quand tu auras éteint ce qui brûlait le mieux, même si tu pars plus loin que ne portent mes yeux, où tu iras je te suivrai.
Proposition principale
Proposition subordonnée niveau 1
Proposition subordonnée niveau 2 (dépend d’une autre PS)
conjonction de subordination
pronom relatif Exercice 6 Quand dîne-t-on ? → Part-on en vacances demain ? → Pourquoi vous taisez-vous ? → Cet élève est-il sérieux ? → J’ignore si cet élève est sérieux. PSII Comment puis-je traduire ce texte ? → J’aimerais comprendre comment je peux / pourrais traduire ce texte. PSII Séances 7-8 - Écrit du baccalauréat : méthode et exercices (II) Séance 9 – Évaluation : la phrase complexe Analysez les trois phrases suivantes : Cette découverte d’un pays immense semble importante. (phrase simple) Mais je ne puis garantir qu’on n’en fera pas d’autre à l’avenir, car bien des gens plus qualifiés que nous se sont trompés à propos de celle-ci. Quand j’observe l’effet de ma rivière Dordogne, je vois bien que c’est là un mouvement extraordinaire. -Entourez les mots coordonnants, encadrez les mots subordonnants. -Légendez : P.P. P.I. P.S. relative P.S. conjonctive CDN P.S. conjonctive COD P.S. conjonctive SUJET P.S. conjonctive Ccirconstanciel P.S. infinitive P.S. participiale P.S.I.I. 1. Nous avons bien des avantages sur nos ennemis qui sont des avantages que nous leur empruntons. 2. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort. ou Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort. 3. Les seigneurs de Carthage, voyant que leur pays se dépeuplait peu à peu, défendirent à quiconque d’aller là-bas. Séance 10 – La structure du chapitre Des cannibales (I) Consigne 1 - Voici dans l’ordre les étapes du raisonnement que suit Montaigne pour composer le chapitre Des cannibales (Essais, I, 31). Indiquez les numéros des lignes qui délimitent chaque passage. Les Romains étaient des « barbares » pour les Grecs, qui leur reconnaissaient tout de même des mœurs et coutumes évoluées. Présentation du témoin de Montaigne : ce dernier a fait le voyage de la « France Antarctique », en 1557. Les dimensions de ce « Nouveau Monde » récemment découvert sont extraordinaires et rappellent l’extension de la cité mythique de l’Atlantide, qui aurait été engloutie par le déluge. Exemples littéraires des terres séparées par les eaux. Mise en doute de la possibilité que le Nouveau Monde soit un reste de l’Atlantide. Exemples régionaux d’inondations. Deuxième exemple de monde inconnu dans la littérature (Aristote : l’expansion de Carthage). Deuxième partie du portrait du témoin : un homme simple et plus digne de foi que les esprits subtils. Ce monde n’a rien de « barbare » et peut être qualifié « sauvage » dans le sens de « proche des productions de la nature ». La notion de société naturelle, inconnue des Anciens : la contradiction de Platon. Description du peuple : divers sujets (climat, nourriture, animaux domestiques). L’habitat des Tupinamba. Habitudes culinaires. L’honneur dû aux femmes. Objets du quotidien, hygiène, immortalité de l’âme. Les prophètes tupinamba ; considérations sur le don de divination. La guerre : jamais civile, toujours symbolique, comme le cannibalisme réservé à l’ennemi vaincu. Considérations sur le degré de barbarie des différentes pratiques du cannibalisme. La guerre chez les Tupinamba : symbolique et plus pure qu’en Europe : pas de volonté de conquête, ni de notion de pillage. La définition de la victoire militaire chez les Tupinamba. Perdre une guerre en ayant montré un plus grand courage s’est déjà produit dans le passé. Les paroles raisonnables du Tupinamba vaincu, courageux jusqu’au dernier souffle. L’honorable polygamie des Tupinamba. Rouen, 1562 : trois cannibales, dont l’ingénuité soulignent l’absurdité de certains de nos usages. Définition du chef par les cannibales ; commentaire ironique de Montaigne en guise de conclusion : ce sont des barbares car « ils ne portent pas de hauts-de-chausses ». Consigne 2 – Après avoir évalué le nombre de lignes consacré à tel ou tel thème présent dans le chapitre, rédigez un court paragraphe dans lequel vous soulignerez l’importance de la digression et de l’opposition. Les Romains étaient des « barbares » pour les Grecs, qui leur reconnaissaient tout de même des mœurs et coutumes évoluées. 1-12 Présentation du témoin de Montaigne : ce dernier a fait le voyage de la « France Antarctique », en 1557. 13-16 Les dimensions de ce « Nouveau Monde » récemment découvert sont extraordinaires et rappellent l’extension de la cité mythique de l’Atlantide, qui aurait été engloutie par le déluge. 16-36 Exemples littéraires des terres séparées par les eaux. Mise en doute de la possibilité que le Nouveau Monde soit un reste de l’Atlantide. Exemples régionaux d’inondations. 37-86 : 49 lignes. Deuxième exemple de monde inconnu dans la littérature (Aristote : l’expansion de Carthage). 87-105 Deuxième partie du portrait du témoin : un homme simple et plus digne de foi que les esprits subtils. 106-136 Ce monde n’a rien de « barbare » et peut être qualifié « sauvage » dans le sens de « proche des productions de la nature ». 137-178 : 41 lignes. La notion de société naturelle, inconnu des Anciens : la contradiction de Platon. 179-204 Description du peuple : divers sujets (climat, nourriture, animaux domestiques). 205-218 L’habitat des Tupinamba. 219-227 Habitudes culinaires. 228-240 L’honneur dû aux femmes. 241-253 Objets du quotidien, hygiène, immortalité de l’âme. 254-263 Les prophètes tupinamba ; considérations sur le don de divination. 264-290 La guerre : jamais civile, toujours symbolique, comme le cannibalisme réservé à l’ennemi vaincu. 291-310 Considérations sur le degré de barbarie des différentes pratiques du cannibalisme. 311-346 : 35 lignes. La guerre chez les Tupinamba : symbolique et plus pure qu’en Europe : pas de volonté de conquête, ni de notion de pillage. 347-375 La définition de la victoire militaire chez les Tupinamba. 376-418 : 42 lignes. Perdre une guerre en ayant montré un plus grand courage s’est déjà produit dans le passé. 419-447 Les paroles raisonnables du Tupinamba vaincu, courageux jusqu’au dernier souffle. 448-491 : 43 lignes. L’honorable polygamie des Tupinamba. 492-509 Rouen, 1562 : trois cannibales, dont l’ingénuité soulignent l’absurdité de certains de nos usages. 510-536 Définition du chef par les cannibales ; commentaire ironique de Montaigne en guise de conclusion : ce sont des barbares car « ils ne portent pas de hauts-de-chausses ». 537-553 Consigne 2 – Après avoir évalué le nombre de lignes consacré à tel ou tel thème présent dans le chapitre, rédigez un court paragraphe dans lequel vous soulignerez l’importance de la digression et de l’opposition. Quel est, en pourcentage, la portion de texte consacrée dans ce chapitre au thème du cannibalisme ? 17, 5 % du chapitre évoquent le cannibalisme ! L’art de Montaigne consiste à opposer au jugement de ses contemporains sa vision du monde dit « barbare » : n’est barbare que l’étranger dont on ne veut apprécier la place sur l’échelle de civilisation. Montaigne va jusqu’à contredire Platon sur la notion de société naturelle : l’homme, selon lui, n’est ni assez proche ni respectueux de la nature. Montaigne utilise aussi la digression en passant subtilement d’un thème à un autre (« par sauts et gambades ») dans une progression linéaire. De la société tupinamba le philosophe extrait le motif de la boisson, pour évoquer ensuite les femmes, transition vers les idées de divination, d’immortalité de l’âme et d’anthropophagie justifiée par le symbole. De même, le cannibalisme est justifié en trois temps : Montaigne a besoin de le contextualiser trois fois dans le cadre de la guerre. Séance 11 1/ Mise à jour de la grille des extraits présentés à l’oral du baccalauréat. 2/ Pour la séance 12 : deux élèves volontaires préparent l’introduction de l’explication linéaire de l’extrait n°4 : «Cet homme […] plusieurs grandes incommodités » (l. 94 – 120).

 

 

Eliaz                            → AnthonyQuentin Mar.                  

3/ Test d’analyse grammaticale.

-Encadrez les mots coordonnants, entourez les mots subordonnants.
-Légendez :

P.P.                                  P.I.                              P.S. relative
P.S. conjonctive CDN            P.S. conjonctive COD       P.S. conjonctive SUJET
P.S. conjonctive Ccirconstanciel        P.S. infinitive                     P.S. participiale              P.S.I.I.

Je parlai à l’un d’eux fort longtemps, mais j’avais un truchement qui me suivait si mal que je ne pus en tirer rien qui vaille.



Il nous faudrait des topographes qui nous fassent une description précise des lieux où ils sont allés. Mais parce qu’ils ont cet avantage sur nous d’avoir vu la Palestine, ils en profitent toujours pour nous donner aussi des nouvelles de tout le reste du monde.


4/ En classe : relecture et éventuellement correction de la partie de commentaire (texte de Balzac).



Séance 12 – Explication linéaire n°4 (introduction)

 

 

 

 

 

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Cet homme que j’avais, était homme simple et grossier, qui est une condition propre à rendre véritable témoignage. Car les fines gens remarquent bien plus curieusement et plus de choses, mais ils les glosent ; et pour faire valoir leur interprétation et la persuader, ils ne se peuvent farder d’altérer un peu l’Histoire. Ils ne vous représentent jamais les choses pures, ils les inclinent et masquent selon le visage qu’ils leur ont plu ; et, pour donner crédit à leur jugement et vous y attirer, prêtent volontiers de ce côté-là à la matière, l’allongent et l’amplifient. Ou il faut un homme très fidèle, ou si simple qu’il n’ait pas de quoi bâtir et donner de la vraisemblance à des inventions fausses, et qui n’ait rien épousé. Le mien était tel ; et, outre cela, il m’a fait voir à diverses fois plusieurs matelots et marchands qu’il avait connus en ce voyage. Ainsi je me contente de cette information, sans m’enquérir de ce que les Cosmographes en disent.

Il nous faudrait des topographes qui nous fissent narration particulière des endroits où ils ont été. Mais, pour avoir cet avantage sur nous d’avoir vu la Palestine, ils veulent jouir du privilège de nous conter nouvelles de tout le demeurant du monde. Je voudrais que chacun écrivît ce qu’il sait, et autant qu’il en sait, non en cela seulement, mais en tous autres sujets : car tel peut avoir quelque particulière science ou expérience de la nature d’une rivière ou d’une fontaine, qui ne sait au reste que ce que chacun sait. Il entreprendra toutefois, pour faire courir ce petit lopin, d’écrire toute la Physique. De ce vice sourdent plusieurs grandes incommodités.

 

 

Montaigne, Essais, livre I, Des cannibales (31)

 

 

 

























Séance 18 – L’avant-texte et les dates-clefs de la Renaissance (2/3)

1545 : massacre des Vaudois (Luberon), secte dont la doctrine se confond avec le calvinisme. Mise en place d'une législation réprimant le protestantisme.
1545-1563 : Contre-Réforme, issue du Concile de Trente : développement de la doctrine ultramontaine (en faveur du pouvoir du catholicisme et du pape), défendue par les Jésuites. Points du dogme catholique précisés : présence réelle du corps, du sang et de l'âme du Christ dans le pain et le vin (= la transsubstantiation catholique de l'Eucharistie) ; importance du culte ; célibat des prêtres ; interdiction du cumul des évêchés. Cette Contre-Réforme a empêché la propagation de la Réforme en Italie et en Espagne, l'a enrayée en France, et a permis de regagner certaines positions aux Pays-Bas, en Autriche, dans l'empire allemand, en Suisse.
1547-1554 : période méconnue de la vie de Montaigne : études de droit à Toulouse ? Séjour à Paris.
1549 : Défense et illustration de la langue française, oeuvre de Joachim du Bellay. Oeuvre qui défend l’idée d’une poésie humaniste en langue française.
*demande la fin des vieilles formes poétiques françaises, pour une poésie nouvelle, de la parole inspirée (néo-platonicienne, communication poète / Dieu par l'extase mystique appelée "fureur", celle de d'Aubigné dans Les Tragiques, "la sainte fureur de mes vives chansons"). Condamnation des Rhétoriqueurs et du seul travail sur la langue et la métrique.
*poésie source de gloire  il faut cerner ses goûts, ses modèles, savoir partir d'une imitation débouchant sur une inspiration sincère et libre (Ronsard se comparant dans Hylas à une abeille qui va, butinant différentes fleurs)
*DB recommande de recourir aux modèles antiques ou italiens comme Pétrarque, non pour les traduire mais pour enrichir une langue trop pauvre, pour s’imprégner de leur grandeur. On parle d’une imitation éclairée mais parfois en récrivant ; Ronsard comme Du Bellay cherchent à créer une langue dans la langue, fuyant au contraire de Marot « la commune manière de parler ».
*volonté de développer l'inventio et l'elocutio du poète, qu'empêche la traduction : chaque langue a son génie propre, que perd la traduction. Mais une poésie référencée, du microcosme, élitiste, car l'inspiration seule, certes nécessaire, n'est pas suffisante.
*recommandation d’« user de motz purement françoys » : nécessité d'enrichir la langue (dérivation, néologismes, figures de rhétorique, insertions savantes > poésie symphonique, ds laquelle s'entend toute une culture).
*dimension politique : promotion de la France ; rivalité avec l'Italie.
*texte à coloration polémique : Montaigne sera passionné par les questions du style et du lexique français.
*métaphore du pb de la langue française : elle est encore « dans son enfance ».
1554-1556 : Michel succède à son père -devenu maire- comme conseiller à la cour des Aides de Périgueux (dissoute), puis à la Chambre des Enquêtes du Parlement de Bordeaux (transfert en 1557). Son père embellit et renforce la défense du domaine de Montaigne.
1555 : scission entre Habsbourg d'Autriche et d'Espagne. Mais Henri II ne profite pas de ces guerres ruineuses et se concentre sur la guerre contre les protestants. Paix d'Augsbourg : chaque population suivra la religion de son prince.
1558 : début de l'amitié entre Michel Eyquem et Étienne de La Boétie.
1559 : traité du Cateau-Cambrésis : entre la France d'un côté, l'Espagne et le Saint-Empire Romain Germanique de l'autre  début de la prédominance espagnole. Traité valable pendant plus d'un siècle. Édit d'Écouen : ordonne d'abattre sans jugement tout protestant révolté. Mort d'Henri II dans un tournoi : François II, son fils, est marié à Marie Stuart (famille catholique). Graves troubles religieux en Guyenne, jusqu'en 1562. Traduction par Amyot des Vies Parallèles de Plutarque.
1560 : une partie de la noblesse (Condé, Coligny) séduite par la Réforme. Conjuration d'Amboise échec de l'enlèvement de François II, qui meurt des complications d'une otite. Perte de l'Écosse, du Brésil (colonie détruite par les Portugais), de la Savoie, de la Corse, d'une grande partie du Piémont. Règne du 2e fils d'Henri II, Charles IX, marié à Elisabeth d'Autriche.
1561-1562 :  Séjour de Montaigne à la cour, où il fait profession de foi catholique, et à Rouen, à la suite de l’armée royale, qui va reprendre la ville aux huguenots. À Rouen, Montaigne fait la rencontre d’Indiens du Brésil.
1562 : édit de janvier (de tolérance, Charles IX influencé par sa mère Catherine de Médicis). Ronsard déplore les "misères de ce temps" : massacre de Wassy : 50 protestants massacrés par les troupes du duc de Guise. Les puissances étrangères interviennent (Angleterre avec réformés, Espagnols aux côtés des Guise.
1563 : mort de son ami Etienne de la Boétie.
1565 : épouse Françoise de la Chassaigne. Ont 6 filles. Seule Léonor survivra.
1568 : Montaigne traduit du latin la Théologie Naturelle de Raymond Sebond. Mort de son père  il est l’aîné et devient le propriétaire du domaine de Montaigne.
1570 : Montaigne vend sa charge de magistrat (conseiller au Parlement de Bordeaux). Nouveau voyage de Michel à Paris, pour y publier les œuvres de La Boétie
1571 : Retourne à Paris pour y recevoir le collier de l’ordre de Saint-Michel. Est nommé par Charles IX gentilhomme ordinaire de sa chambre. Se retire dans son château, sous la double invocation des “doctes vierges” et de “l’ami le plus doux” : lit Plutarque, César, philosophes sceptiques, ouvrages d’histoire, Sénèque. “De l'oisiveté” :  il ne voulait pas écrire au départ. 38 ans : écrit parce qu'il a depuis longtemps le désir de faire oeuvre d'écrivain. Mais il ne va pas s'y enfermer durablement (seulement à la fin de sa vie).









Séance 19 – Explication linéaire n°5 

Texte : 2e extrait des Cannibales (présenté dans la liste du baccalauréat, texte n°5) : «Pour revenir à notre histoire […] entre leur forme et la nôtre» (l. 414-436).

 

Consigne : à l’aide de la méthode de l’explication linéaire et en vous appuyant sur les tableaux d’analyse de la méthode du commentaire, proposez, sans rédiger, une introduction et l’explication de 2 ou 3 mouvements qui structurent le texte.

 

 

 

 

 

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Pour revenir à notre histoire, il s'en faut que ces prisonniers se rendent, pour tout ce qu'on leur fait, qu'au rebours, pendant ces deux ou trois mois qu'on les garde, ils portent une contenance gaie ; ils pressent leurs maîtres de se hâter de les mettre en cette épreuve ; ils les défient, les injurient, leur reprochent leur lâcheté et le nombre des batailles perdues contre les leurs. J’ai une chanson faite par un prisonnier, où il y a ce trait : qu'ils viennent hardiment trétous et s'assemblent pour dîner de lui ; car ils mangeront quant et quant leurs pères et leurs aïeux, qui ont servi d'aliment et de nourriture à son corps. "Ces muscles, dit-il, cette chair et ces veines, ce sont les vôtres, pauvres fols que vous êtes ; vous ne reconnaissez pas que la substance des membres de vos ancêtres s'y tient encore : savourez-les bien, vous y trouverez le goût de votre propre chair." Invention qui ne sent aucunement la barbarie.

Ceux qui les peignent mourants, et qui représentent cette action quand on les assomme, ils peignent le prisonnier crachant au visage de ceux qui le tuent et leur faisant la moue. De vrai, ils ne cessent jusques au dernier soupir de les braver et défier de parole et de contenance. Sans mentir, au prix de nous, voilà des hommes bien sauvages ; car, ou il faut qu'ils le soient bien à bon escient, ou que nous le soyons ; il y a une merveilleuse distance entre leur forme et la nôtre.

 

Montaigne, Essais, livre I, Des cannibales (31)

 

Séance 19 – Explication linéaire n°5 

Texte : 2e extrait des Cannibales (présenté dans la liste du baccalauréat, texte n°5) : «Pour revenir à notre histoire […] entre leur forme et la nôtre» (l. 414-436).

 

Consigne : à l’aide de la méthode de l’explication linéaire et en vous appuyant sur les tableaux d’analyse de la méthode du commentaire, proposez, sans rédiger, une introduction et l’explication de 2 ou 3 mouvements qui structurent le texte.

 

 

 

 

 

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Pour revenir à notre histoire, il s'en faut que ces prisonniers se rendent, pour tout ce qu'on leur fait, qu'au rebours, pendant ces deux ou trois mois qu'on les garde, ils portent une contenance gaie ; ils pressent leurs maîtres de se hâter de les mettre en cette épreuve ; ils les défient, les injurient, leur reprochent leur lâcheté et le nombre des batailles perdues contre les leurs. J’ai une chanson faite par un prisonnier, où il y a ce trait : qu'ils viennent hardiment trétous et s'assemblent pour dîner de lui ; car ils mangeront quant et quant leurs pères et leurs aïeux, qui ont servi d'aliment et de nourriture à son corps. "Ces muscles, dit-il, cette chair et ces veines, ce sont les vôtres, pauvres fols que vous êtes ; vous ne reconnaissez pas que la substance des membres de vos ancêtres s'y tient encore : savourez-les bien, vous y trouverez le goût de votre propre chair." Invention qui ne sent aucunement la barbarie.

Ceux qui les peignent mourants, et qui représentent cette action quand on les assomme, ils peignent le prisonnier crachant au visage de ceux qui le tuent et leur faisant la moue. De vrai, ils ne cessent jusques au dernier soupir de les braver et défier de parole et de contenance. Sans mentir, au prix de nous, voilà des hommes bien sauvages ; car, ou il faut qu'ils le soient bien à bon escient, ou que nous le soyons ; il y a une merveilleuse distance entre leur forme et la nôtre.

 

Montaigne, Essais, livre I, Des cannibales (31)

 

 

 

Introduction

 

 

 

*M. réserve ici une dernière démonstration de la barbarie relative des Tupinambas du Brésil, peuple « cannibale » dont il décrit les mœurs dans ce chapitre des Essais.

 

*Le propos général se mêle dans cet extrait de la fin du chapitre à l’anecdote : Montaigne reprend les paroles du guerrier tupi que l’ennemi s’apprête à tuer et à manger.

 

*Lecture

 

*3 mouvements :

 

1/ M marque la fin d’une digression et introduit l’anecdote de la chanson (l. 1-5).

 

2/ La transcription de la chanson et la conclusion de M au sujet de la barbarie des Tupinambas (l. 5-10).

 

3/ Recours aux auteurs contemporains de M, qui ont décrit cette ethnie (l. 11-16).

 

 

 

Explication linéaire

 

 

 

1/ M marque la fin d’une digression et introduit l’anecdote de la chanson (l. 1-5).

 

 

 

-ce mouvement se distingue par la longueur de l’unique phrase qui le compose, et par le seul lien logique présent (opposition) ; le style de M y apparaît comme d’autant plus simple que les mots employés sont brefs et relèvent du registre courant ;

 

- l. 1 : « pour revenir à notre histoire » : on apprécie le style digressif de M + le terme « histoire » est trompeur : le plus souvent M cherche à décrire ce peuple, puis à nous convaincre

 

- l. 2 :  présents de description : « il s’en faut », « se rendent », « fait » : M intéresse le lecteur en précisant les circonstances de la mort de tout guerrier capturé.

 

-l. 3-4 antithèse marquée par « leur contenance gaie » : suggère la sympathie que M éprouve pour ce peuple qui à la guerre se comporte avec vaillance. L’antithèse est suivie d’une accumulation de 4 actions (« pressent », « défient », « injurient », « reprochent »), qui insistent sur l’audace et le courage du guerrier.

 

-l’instance de M est enfin perceptible dans la quadruple occurrence du mot « leur » qui, tantôt pronom, tantôt déterminant, crée une forme de résonance au coeur des dernières propositions. Notons aussi la répétition du pronom personnel « les ».

 

 

 

2/ La transcription de la chanson et la conclusion de M au sujet de la barbarie des Tupinambas (l. 5-10).

 

 

 

M se fait, par le biais de ce 2e mouvement, plus concret dans l’évocation de l’ethnie : il cherche à nous faire ressentir l’effroi et la surprise que peuvent ressentir les vainqueurs devant l’attitude noble et farouche de celui qui sera consommé.

 

-la 1ère pers. (l. 5, « j’ai ») permet à Montaigne de se distinguer des sources traditionnelles (André Thevet, Jean de Léry) en mettant en valeur sa documentation personnelle (on rappelle qu’il tient ce genre d’informations d’un ancien domestique et de quelques ouvriers ou matelots que celui-ci a fréquentés).

 

-le présent d’énonciation « ai » met donc le lecteur dans l’attente de détails nouveaux et pittoresques.

 

-la transcription se fait dans un 1er temps par la voie du discours indirect : lignes 5-7.

 

-la hardiesse du guerrier est remarquable dans le trait d’esprit, contenu dans l’expression « quant et quant » (l. 6), dans les 2 subj. présents de « souhait » (« qu’ils viennent » et « s’assemblent »), le futur de certitude « mangeront », et dans le pronom indéfini « trétous ». Le guerrier n’éprouve aucunement la peur de la mort et semble la défier, comme un philosophe stoïcien, ce qui ne peut déplaire à M.

 

-M associe donc la maîtrise de cette crainte de la mort à la valeur humaniste par excellence : ces Tupinambas sont bien des hommes, dans ce que l’être comporte de plus noble. Un être capable de s’élever ou de s’avilir.

 

-Le 2e tps de la chanson : plus concret, car au DD. M cherche à émouvoir le lecteur : les démonstratifs servent à montrer les parties du corps (ces termes déictiques actualisent et dynamisent la scène, comme le présent d’énonciation (l. 8 : « êtes »).

 

-le registre de langue, de courant à soutenu, illustre l’intelligence de l’amérindien, dont les propos sont rationnels et subtils (lignes 8 à 10 : « fols », « reconnaissez », « trouverez », « substance »), puisqu’ils lui permettent de démontrer aux ennemis qu’ils se dévorent eux-mêmes en goûtant à sa chair.

 

-à noter l’absence de lien logique (de cause ou de csq) : l’asyndète ajoute de la force à l’affirmation de l’Indien.

 

 

 

3/ Recours aux auteurs contemporains de M, qui ont décrit cette ethnie (l. 11-16).

 

 

 

-Dans un 3e tps, M revient, sans les nommer, à des sources officielles grâce auxquelles, peut-être, ses lecteurs ont pu s’informer au sujet des Tup. : Thevet et de Léry, mais aussi Benzoni.

 

-Ces sources sont nommées indirectement : aux l. 12-13, la forme de mise en relief « ceux qui les ... », associée aux verbes « peignent » et « représentent », permet à M de rester discret sur son utilisation -parfois abusive- de ces sources.

 

-on imagine que dans cette phrase M décrit une ou plusieurs illustrations accompagnant le texte d’un de ces auteurs : en effet, ces ouvrages récents sont illustrés et mettent souvent en valeur la violence de ces guerriers amérindiens.

 

- « de vrai » : la locution montre que M essaie de confronter le témoignage de son domestique à ces représentations livresques. C’est une confirmation : l’attitude inflexible du guerrier vaincu est de nouveau développée (champ lexical de l’hostilité : « défier », « braver », « crachant », « faisant la moue »). Outre l’intelligence qui les caractérise, Ces guerriers sont bien pourvus d’une virtus (courage romain, aptitude à conserver jusqu’au bout sa volonté de se battre) dont se réclament les armées d’Occident.

 

-les 3 dernières lignes servent à M de conclusion : rien n’est « sauvage » en eux, si le terme équivaut à « barbare » et signifie autre chose qu’ « étranger à notre civilisation ».

 

-l’ironie perce dans l’avant-dernière phrase (présentatif « voilà » + adv. « bien » = antiphrase piquante) : M conclut à la différence de culture et de mœurs, et pose implicitement la question aux lecteurs : est-il moins sauvage, à l’heure de mourir, d’implorer la merci que de rester dans une attitude ferme et réfléchie.

 

-le nom « distance », qualifié par « incroyable » permet de comprendre la réponse : la barbarie, la sauvagerie relève de la différence entre les peuples, selon les critères de rapport à la mort ou à la nature.

 

-cette conclusion sera réinvestie dans les dernières lignes du chapitre, faisant suite à des considérations semblables sur les notions de polygamie et de prestige militaire.

 

 

 

24 août 1572 : massacre de la Saint-Barthélémy, à l'occasion du mariage entre Henri de Navarre et Marguerite de France (reine Margot). Montaigne publie les vers de LB, mais pas La. S. v. ni le Mémoire sur l'Edit de janvier 1562 : "mis en lumière, et à mauvaise fin, par ceux qui cherchent à troubler et changer l'état de nostre police" : appropriation du texte par les Huguenots. Année de la parution de la traduction par Amyot des Oeuves Morales de Plutarque.

1573-1574 : nommé gentilhomme de la Chambre de Charles IX, malade. Mort de Charles IX.  Henri III : 1574-1589. Montée des Malcontents (contre l'absolutisme, pour les libertés individuelles, politiques, religieuses des nobles). Ils vont contribuer à l'avènement d'Henri IV. Accompagne le duc de Montpensier , qui commande l’une des 3 armées royales en campagne contre les protestants. Se rend à Paris en 1574-1575.

1576 : Les politiques d'Aristote, commenté par Louis Le Roy. Le discours sur les moyens de bien gouverner -contre Machiavel- d'Innocent Gentillet, scandalisé par Le Prince de Machiavel. Création de la Ligue de Paris, conduite par la famille des Guise et contestant l'autorité royale.

1576-1580 : écriture d'une trentaine de chapitres des 2 premiers livres des Essais

1577-1578 : atteint de la gravelle (cause des coliques néphrétiques, incurable). Nommé gentilhomme de la Chambre d'Henri de Navarre (M intermédiaire entre le duc de Guise et Henri de Navarre ?)

1579 : Buchanan : De jure regni apud Scotos : la sujétion du pouvoir royal à l'autorité de la loi.

1580 : 1ère édition des Essais (livres I et II ; Montaigne paye une partie des frais d'impression). L’imprimeur, Millanges, est bordelais. Entreprend en septembre un grand voyage, avec son jeune frère.

1581 : Voyage en Suisse, Allemagne et Italie. Elu maire de Bordeaux, jusqu'en 1585 (appuyé par Henri III : capable de réconcilier protestants et catholiques ; élu 2 fois). Blackwood, Pro regibus apologia, qui assimile le roi à un dieu

1582 : 2e édition, enrichie des souvenirs italiens

1583-84 : contact permanent avec le lieutenant général d'Henri III et des proches d'Henri de Navarre, chef du parti protestant

1585 : Marguerite de France prend le parti de la Ligue. Montaigne, après avoir fui la peste de Bordeaux, revient chez lui et reprend l'écriture des Essais.

1586 : combats dans sa région.

1587 : 4e édition (1ère édition parisienne), chez Jean Richer.

1587-93 : point culminant des troubles religieux. Les Ligueurs sont incapables de s'entendre. Émergence de l'esthétique baroque, à la fois majestueuse et pathétique.

1588 : voyage à Paris, probablement comme négociateur ; 5e édition des Essais (avec livre III et 600 additions aux deux premiers). La dernière de son vivant. Henri III fait assassiner le duc de Guise, chef du parti catholique. En octobre, il assiste aux états généraux, à Blois, où s’est réfugié Henri III.

1589 : mort d'Henri III, dernier des enfants de Catherine de Médicis, sans descendance. Assassiné par un catholique fanatique, Jacques Clément. Fin des Valois avec la mort du duc d'Anjou. Les Ligueurs refusent de reconnaître un roi protestant.

1590 : refus d'être le conseiller d'Henri de Navarre

1592 : Meurt entouré d'amis et surtout de Marie de Gournay, qui se chargera de publier la 6e et dernière édition, de 1595, enrichie des nombreuses notes de l'auteur. L'exemplaire de Bordeaux est celui (un exemplaire de 1588) qui porte les dernières modifications apportées par Montaigne lui-même.

1593-95 : abjuration du protestantisme par Henri de Navarre à Saint-Denis. Il devient Henri IV de France, couronné à Chartres. Chasse les Espagnols. 1595 : M. de Gournay, fille d'élection, fait publier les premiers Essais posthumes.

1598 : Edit de Nantes, qui laisse une relative liberté aux protestants. Nouvelle édition de Marie de Gournay : elle renie la préface de 1595 !

1599 : le jésuite espagnol Mariana justifie l'assassinat du mauvais prince. En France, vive réaction de l'Eglise (majoritairement gallicane = soucieuse de relativie indépendance par rapport au pape).

1589-1610 : Henri IV (avec Marie de Médicis, mère de Louis XIII).

1632 : traduction anglaise des Essais.

 

 

Séance 19 – Commentaire en classe du 5e extrait (en classe, 2 heures)

 

Texte : 2e extrait des Cannibales (présenté dans la liste du baccalauréat, texte n°5) : «Pour revenir à notre histoire […] entre leur forme et la nôtre» (l. 414-436).

 

Consigne : à l’aide de la méthode de l’explication linéaire et en vous appuyant sur les tableaux d’analyse de la méthode du commentaire, proposez, sans rédiger, une introduction et l’explication de 2 ou 3 mouvements qui structurent le texte.

 


 

Séance 20 – Correction de l’exercice sur la négation

 

(voir ENT)

 


 


 

Séance 21 – Correction de la question rédigée et de la préparation (explication linéaire n°5)

 

 

 

Une profession de foi humaniste (corrigé)

 

 

 

L'humanisme est un mouvement intellectuel qui prit naissance en Italie au XVe siècle et se répandit dans toute l'Europe. De Dieu en tant que centre de tout, c’est l'homme qui devient le centre d'intérêt, comme l’explique Pic de la Mirandole dans le texte De la dignité de l’homme (1486).

 

Dans cet extrait, l’homme est placé comme le centre d’intérêt de Dieu lui-même : « et l’ayant placé au centre du monde ». Adam, tel qu’il est décrit par l’auteur, a la liberté de se construire, car peu de choses le concernant sont déterminées par le créateur : « ni une physionomie propre, ni aucun don particulier ».

 

L’homme a également la liberté, sur la base de ses propres observations, de décider de qui il veut être, de ce qu’il veut faire : il a « la charge de façonner et de modeler [s]on être ».

 

Si le style de l’auteur est proche du texte biblique de la Genèse, certains dogmes notamment religieux sont remis en cause par cette dignité humaine qui nous permet d’atteindre les sommets (« en forme […] animales » ; « en formes […] divines »). En effet, les humanistes pensent l'homme capable de changer le monde, en raison de son intelligence et de sa curiosité.

 

On peut donc dire que ce texte peut être considéré comme un manifeste, une profession de foi humaniste dans la mesure où on y retrouve plusieurs éléments constitutifs de ce mouvement intellectuel : la foi en l’action humaine, l’homme au centre du monde, la liberté de se construire et de penser librement.

 

Nous aurions pu citer également le raffinement des mœurs et le goût pour les textes antiques, manifeste dans cette réécriture du début de la Bible.

 

 

 

Explication linéaire n°5 (corrigé sous forme de notes)

 

 

 

Texte : 2e extrait des Cannibales (présenté dans la liste du baccalauréat, texte n°5) : «Pour revenir à notre histoire […] entre leur forme et la nôtre» (l. 414-436).

 

Consigne : à l’aide de la méthode de l’explication linéaire et en vous appuyant sur les tableaux d’analyse de la méthode du commentaire, proposez, sans rédiger, une introduction et l’explication de 2 ou 3 mouvements qui structurent le texte.

 

 

 

 

 

5

 

 

 

 

10

 

 

 

 

15

Pour revenir à notre histoire, il s'en faut que ces prisonniers se rendent, pour tout ce qu'on leur fait, qu'au rebours, pendant ces deux ou trois mois qu'on les garde, ils portent une contenance gaie ; ils pressent leurs maîtres de se hâter de les mettre en cette épreuve ; ils les défient, les injurient, leur reprochent leur lâcheté et le nombre des batailles perdues contre les leurs. J’ai une chanson faite par un prisonnier, où il y a ce trait : qu'ils viennent hardiment trétous et s'assemblent pour dîner de lui ; car ils mangeront quant et quant leurs pères et leurs aïeux, qui ont servi d'aliment et de nourriture à son corps. "Ces muscles, dit-il, cette chair et ces veines, ce sont les vôtres, pauvres fols que vous êtes ; vous ne reconnaissez pas que la substance des membres de vos ancêtres s'y tient encore : savourez-les bien, vous y trouverez le goût de votre propre chair." Invention qui ne sent aucunement la barbarie.

Ceux qui les peignent mourants, et qui représentent cette action quand on les assomme, ils peignent le prisonnier crachant au visage de ceux qui le tuent et leur faisant la moue. De vrai, ils ne cessent jusques au dernier soupir de les braver et défier de parole et de contenance. Sans mentir, au prix de nous, voilà des hommes bien sauvages ; car, ou il faut qu'ils le soient bien à bon escient, ou que nous le soyons ; il y a une merveilleuse distance entre leur forme et la nôtre.

 

Montaigne, Essais, livre I, Des cannibales (31)

 

Introduction

 

 

 

*Essai : un genre créé, sans qu’il en eût conscience, par Montaigne ;

 

*Des cannibales : publié en 1580, plus de 20 ans après les expéditions coloniales françaises en terre de Brésil ;

 

*Après avoir présenté le peuple tupinamba dans sa naïveté originelle et évoqué le cannibalisme qui le caractérise, M. en est venu au thème de la défaite courageuse, préférable selon lui à une honteuse victoire, et place ici une dernière démonstration de la barbarie relative des Tupinambas du Brésil, peuple dont l’anthropophagie symbolique interdit aux Européens, colonisateurs violents, de décrire leurs mœurs comme barbares.

 

*Le propos général se mêle dans cet extrait de la fin du chapitre à l’anecdote : Montaigne reprend les paroles du guerrier vaincu que son ennemi s’apprête à tuer et à manger.

 

*3 mouvements :

 

1/ M. marque la fin d’une digression et introduit l’anecdote de la chanson (l. 1-5).

 

2/ La transcription de la chanson et la conclusion de M au sujet de la barbarie des Tupinambas (l. 5-10).

 

3/ Recours aux auteurs contemporains de M., qui ont décrit cette ethnie (l. 11-16).

 

Problématique → Comment M. se sert-il de l’anecdote pour redéfinir la notion de barbarie ?

 

 

 

Explication linéaire

 

 

 

1/ M. marque la fin d’une digression et introduit l’anecdote de la chanson (l. 1-5).

 

 

 

-ce mouvement se distingue par la longueur de l’unique phrase qui le compose, et par le seul lien logique présent (opposition) ; le style de M. y apparaît comme d’autant plus simple que les mots employés sont brefs et relèvent du registre courant ;

 

- l. 1 : « pour revenir à notre histoire » : on apprécie le style digressif de M. + le nom « histoire » est trompeur : le plus souvent M. cherche à décrire ce peuple, puis à nous convaincre ;

 

- l. 2 :  présents de description : « il s’en faut », « se rendent », « fait » : M. intéresse le lecteur en précisant les circonstances de la mort de tout guerrier capturé ;

 

-l. 3-4 : antithèse marquée par le GN « leur contenance gaie » : suggère la sympathie que M. éprouve pour ce peuple qui à la guerre se comporte avec vaillance. L’antithèse est suivie d’une accumulation de 4 actions (« pressent », « défient », « injurient », « reprochent »), qui insistent sur l’audace et le courage du guerrier ;

 

-l’insistance de M. est enfin perceptible dans la quadruple occurrence du mot « leur » qui, tantôt pronom, tantôt déterminant, crée une forme de résonance au coeur des dernières propositions. Notons aussi la répétition du pronom personnel « les ».

 

 

 

2/ La transcription de la chanson et la conclusion de M au sujet de la barbarie des Tupinambas (l. 5-10).

 

 

 

-M. se fait, par le biais de ce 2e mouvement, plus concret dans l’évocation de l’ethnie : il cherche à nous faire ressentir l’effroi et la surprise que peuvent ressentir les vainqueurs devant l’attitude noble et farouche de celui qui sera consommé ;

 

-la 1ère pers. (l. 5, « j’ai ») permet à Montaigne de se distinguer des sources traditionnelles (André Thevet, Jean de Léry) en mettant en valeur sa documentation personnelle (on rappelle qu’il tient ce genre d’informations d’un ancien domestique et de quelques ouvriers ou matelots que celui-ci a fréquentés) ;

 

-le présent d’énonciation « ai » met donc le lecteur dans l’attente de détails nouveaux et pittoresques ;

 

-la transcription se fait dans un 1er temps par la voie du discours indirect : lignes 5-7. Sorte de transition entre la description et le discours direct à venir ;

 

-la hardiesse du guerrier est remarquable dans le trait d’esprit, contenu dans l’expression « quant et quant » (« en même temps », l. 6), dans les 2 subj. présents d’ordre (« qu’ils viennent » et « s’assemblent »), le futur de certitude « mangeront », et dans le pronom indéfini « trétous ». Le guerrier n’éprouve aucunement la peur de la mort et semble la défier, comme un philosophe stoïcien, ce qui ne peut déplaire à M. ;

 

-M. associe donc la maîtrise de cette crainte de la mort à la valeur humaniste par excellence : ces Tupinambas sont bien des hommes, dans ce que l’être comporte de plus noble. Un être capable de s’élever ou de s’avilir (conception humaniste contenue dans le texte de Pic de la Mirandole) ;

 

-le 2e tps de la chanson : plus concret, car au D.D. M. cherche à émouvoir le lecteur : les démonstratifs (« ces » ; « cette ») servent à montrer les parties du corps (ces termes déictiques actualisent et dynamisent la scène, comme le présent d’énonciation (l. 8 : « êtes »).

 

-le registre de langue, de courant à soutenu, illustre l’intelligence de l’amérindien, dont les propos sont rationnels et subtils (lignes 8 à 10 : « fols », « reconnaissez », « trouverez », « substance »), puisqu’ils lui permettent de démontrer aux ennemis qu’ils se dévorent eux-mêmes en goûtant à sa chair ;

 

-à noter l’absence de lien logique (de cause ou de csq) : l’asyndète ajoute de la force à l’affirmation de l’Indien.

 

 

 

3/ Recours aux auteurs contemporains de M, qui ont décrit cette ethnie (l. 11-16).

 

 

 

-dans un 3e tps, M. revient, sans les nommer, sur des sources officielles grâce auxquelles, peut-être, ses lecteurs ont pu s’informer au sujet des Tup. : Thevet et de Léry, mais aussi Benzoni (voir note p. 15) ;

 

-ces sources sont nommées indirectement : aux l. 12-13, la forme de périphrase « ceux qui les ... », associée aux verbes « peignent » et « représentent », permet à M. de rester discret sur son utilisation -parfois abusive- de ces sources ;

 

-on imagine que dans cette phrase M. décrit une ou plusieurs illustrations accompagnant le texte d’un de ces auteurs : en effet, ces ouvrages récents sont illustrés et mettent souvent en valeur la violence de ces guerriers amérindiens ; M. s’inscrit en faux contre certaines représentations caricaturales ;

 

-« de vrai » : la locution montre que M. essaie de confronter le témoignage de son domestique à ces représentations livresques. C’est une confirmation : l’attitude inflexible du guerrier vaincu est de nouveau développée (champ lexical de l’hostilité : « défier », « braver », « crachant », « faisant la moue »). Outre l’intelligence qui les caractérise, ces guerriers sont bien pourvus d’une virtus (courage romain, aptitude à conserver jusqu’au bout sa volonté de se battre) dont se réclament les armées d’Occident ;

 

-les 3 dernières lignes servent à M. de conclusion : rien n’est « sauvage » en eux, si le terme équivaut à « barbare » et signifie autre chose qu’ « étranger à notre civilisation ».

 

-l’ironie perce dans l’avant-dernière phrase (présentatif « voilà » + adv. « bien » = antiphrase piquante) : M. conclut à la différence de culture et de mœurs, et pose implicitement la question aux lecteurs : est-il moins sauvage, à l’heure de mourir, d’implorer la merci que de rester dans une attitude ferme et réfléchie ?

 

-le nom « distance », qualifié par « incroyable » permet de comprendre la réponse : la barbarie, la sauvagerie relèvent de la différence entre les peuples, selon les critères de rapport à la mort ou à la nature.

 

 

 

Conclusion

 

-cette dernière remarque de M. sera réinvestie dans les dernières lignes du chapitre, faisant suite à des considérations semblables sur les notions de polygamie et de prestige militaire ;

 

-texte représentatif du chapitre : M., sous couvert de décrire de manière pittoresque un peuple mystérieux du Nouveau Monde, en a profité pour tenir des propos généraux au sujet de la barbarie, dont il a été le témoin aux portes de son domaine, dans le cadre des guerres de religion qui ont meurtri sa région.

 

 

 

Notes personnelles

 

 

 

Réussites

Erreurs

-Bonne contextualisation de l’extrait et de l’oeuvre.

-L’idée de Montaigne a bien été reliée aux citations.

-Bonne gestion des notes : véritable document de travail.

-Mention des sources de M. dès l’introduction.

-Repérage des éléments permettant de répondre.

-Relevé complet d’un champ lexical.

-Bonne présentation des mouvements du texte.

-Relevé complet des procédés (temps verbaux, longueur des phrases, etc.).

-Essayer de présenter l’auteur à l’aide de termes précis (ex. : humanisme).

-Présentation aérée.

-Développement de la réponse grâce à la maîtrise de la notion.

 

-Citations imprécises ou absentes.

-Réponses qui manquent de développement.

-Ponctuation manquante.

-Manquent les idées de Montaigne (ex. la barbarie est relative).

-Les procédés sont nommés (ex. : une métaphore) mais non interprétés.

-Ne pas nommer les procédés.

-Gestion du temps.

-Phrases trop longues, mal construites.

-Paraphrase : recopier le texte sans faire d’analyse par des citations interprétées.

-Ne pas présenter les mouvements.

-Contresens (ex. : penser que M. méprise les cannibales).

-Résumé des mouvements redondants

-Procédés repérés, mais manque d’explication