1. Explication linéaire

L’explication linéaire et la question de grammaire (d’après les recommandations officielles)

 

 

 

Voir aussi p. 342-343 du manuel et le tutoriel vidéo du manuel en ligne.

 

Temps de préparation : 30 mn.

 

Temps de passage : 12 mn (12 points sur les 20 points de l’oral).

 

Texte expliqué : un des textes du descriptif, choisi par l’examinateur.

 

 

 

L’explication consiste avant tout à rendre compte d’une lecture par des lecteurs devenus conscients de la façon dont ils reçoivent les textes et par là capables d’en entendre et d’en restituer, avec plus ou moins de précision et de finesse, la singularité.

 

L’exercice est par conséquent à envisager comme prolongement et même accomplissement du geste de lecture.

 

-réajuster constamment les hypothèses de sens formées au fur et à mesure,

 

-mettre en relation des éléments qui construisent une continuité plus ou moins longue, ou une série plus ou moins complète,

 

-parvenir à une compréhension de l’ensemble, dont le lecteur peut rendre compte de façon plus ou moins nuancée,

 

-l’interprétation d’ensemble découle de la compréhension progressive du texte.

 

Le lycéen peut expliquer comment le texte fonctionne pour lui, et même rendre compte de la raison pour laquelle il fonctionne ainsi pour lui.

 

Ne pas envisager la lecture linéaire comme l’ajout au texte de notes successives, à la façon du travail d’un éditeur savant.

 

Il s’agit pour l’élève de montrer, phrase après phrase et parfois même expression après expression, ou mot après mot, comment il construit cette cohérence d’ensemble.

 

 

 

La démarche de l’explication linéaire

 

 

 

Un protocole invariable

 

7 temps : présentation de l’extrait, mouvements du texte, lecture, annonce de la problématique et du plan, explication proprement dite, conclusion, question de grammaire.

 

 

 

Les étapes de l’explication

 

 

 

1) Présentation de l'extrait : sa situation dans l'œuvre, ses particularités, toutes choses qui le constituent comme objet littéraire relevant d'un examen spécifique.

 

savoir identifier l’extrait et le situer dans un contexte large (l’époque et le contexte historique, les courants esthétiques ou intellectuels…) comme à l’intérieur de l’œuvre :

 

-de quelle œuvre vient-il, qui en est l’auteur ?

 

-quelques informations historiques (date de publication de l’œuvre, date de la rédaction de l’extrait…).

 

-genre littéraire.

 

-situer l’extrait à l’intérieur de l’œuvre.

 

-au théâtre, rappeler qui sont les personnages, à quel moment de l’intrigue on se trouve.

 

-dans un roman : identifier la voix narrative et les événements racontés.

 

 

 

 

 

2) Dégager la structure ou le mouvement du texte : fragment, il n'a pas forcément de composition propre, délibérée ; mais le découpage n'est pas non plus pur produit de l'arbitraire ni du hasard, simple artefact déterminé par les seules nécessités de l’examen. Le lecteur qualifié est capable de voir une unité détachable du tout dont elle fait partie, ordonnée et signifiante. Quand le texte a été découpé dans un chapitre, une scène ou un sous-ensemble plus vaste, c'est le plus souvent en interrogeant les raisons de ce découpage qu'on s'ouvre les chemins les plus féconds.

 

On peut dire qu’on « isole dans l’extrait différents mouvements », « dégage plusieurs parties », « distingue plusieurs moments successifs »…, mais mieux vaut éviter de dire qu’on « découpe » le texte. Il ne s’agit pas de faire du découpage, mais de montrer autour de quels ensembles s’organise la dynamique d’un texte.

 

 

 

 

 

3) Lecture à voix haute du passage, moment critique de l'épreuve dont on aurait grand tort de minimiser l'importance.

 

D’une manière générale et quel que soit le genre littéraire représenté par l’extrait, on rend sensibles les sentiments et émotions de l’énonciateur, des personnages.

 

 

 

 

 

4) Annonce d'un projet de lecture (problématique et plan)

 

Colonne vertébrale de toute l'explication. Il s'agit de définir une hypothèse à vérifier par l'exploration méthodique de l'extrait, non de plaquer un lieu commun d'histoire littéraire ou une notion critique abstraite : le texte ne saurait servir de prétexte, occasion d'illustrer simplement une généralité à laquelle on voudrait le réduire. C'est une question spécifique qu'on doit lui poser, propre à caractériser le rapport singulier liant les mots qui le constituent et les effets qu'il produit. Méditez la réflexion de Julien Gracq : « Seules, presque toujours, en matière d'analyse littéraire, me convainquent par leur justesse immédiate les remarques qui naissent d'une observation presque ponctuelle (les remarques de Proust sur l'emploi de l'imparfait chez Flaubert, précises quant à leur objet, limitées quant à leur portée, en seraient un bon exemple)» (En lisant en écrivant, Paris, José Corti, 1981, p. 179) :

 

-présenter la perspective qui va orienter toute l’explication.

 

-problématique claire : exposer sa problématique dans une phrase concise, éviter de se perdre dans les détails et les circonlocutions, renoncer au pédantisme creux.

 

ce moment, ralentir le débit pour permettre au jury de bien écouter et de noter en détail la problématique exposée par le candidat.

 

Comme exemple de problématique à la fois claire et pertinente, on mentionnera la suivante, qui initie le l’explication linéaire de la scène I, 3 du Barbier de Séville : « Dans quelle mesure cette scène d’exposition à destination du public s’inscrit-elle dans une tradition comique renouvelée ? »

 

 

 

5) Explication proprement dite : on en explicite ce qui attire l’attention au fur et à mesure de la lecture, et en expliquant pourquoi l’attention est attirée. Ce qui enclenche chaque explication n’est pas la nouvelle ligne qu’on aborde, mais l’idée que l’on dégage de la lecture d’une section de texte, de longueur variable. On peut parler pendant une minute d’un énoncé de trois mots, de même qu’il est possible de ne consacrer qu’une quinzaine de secondes au commentaire d’une phrase. Soyez sensibles aux procédés d’écriture.

 

6) Conclusion : faire une habile synthèse qui réponde à la question de la problématique, sans oublier de proposer un nouveau questionnement en guise de prolongement.

 

 

 

7) Question de grammaire :

 

*après la conclusion, l’élève répond à une question de grammaire portant exclusivement sur le texte expliqué (analyse syntaxique d’une phrase ou d’une partie de phrase).

 

*vérifier la capacité de l’élève à analyser une phrase ou une partie de phrase – mot, groupe de mots ou proposition – et à rendre compte des relations entre ces composantes et de leurs fonctions.

 

*Les connaissances permettant d’identifier la classe grammaticale d’un mot, la fonction d’une proposition..., pour expliquer la construction d’une phrase sont nécessaires, même si la justesse de l’analyse importe davantage que la connaissance du terme exact. Les notions dont la maîtrise est attendue sont celles de la grammaire scolaire.

 

*par exemple, demander une ou plusieurs manipulations syntaxiques en vue d’éclairer une analyse, ou encore poser une question portant sur la nature, la fonction, la construction d’une phrase ou d’une partie de phrase, mais aussi inviter à une comparaison entre deux mots, groupes de mots ou propositions. Elle sollicite des connaissances et des capacités de réflexion linguistique, mais appelle de la part du candidat une réponse limitée, sans justification étendue.

 

 

 

En bref, les quatre premières étapes de l’explication linéaire

 

1- Présentation du texte, contextualisation du passage dans l’oeuvre, de l’oeuvre dans l’histoire littéraire.

 

2- Identification de ce qui donne son unité à l’extrait, son thème, ses caractéristiques formelles ; indiquer les mouvements repérables, les différents temps qui animent ce passage.

 

3- Lecture expressive du texte (appropriation de sa dynamique et de son énergie).

 

4- Faire la proposition d’une piste de lecture : une question qu’on commence à expliciter dès l’introduction (qu’a de spécifique cet extrait, qu’est-ce qui retient notre attention après cette première lecture ?).